«L’homme est un loup pour l’homme».

Cette déclaration péremptoire demanderait vraisemblablement à être nuancée, car s’il est vrai qu’en de nombreux domaines –et ce durant toute l’histoire de l’humanité comme de nos jours– ce jugement sans appel s’est révélé exact, hélas,

il importe de souligner que, à toutes les époques, des hommes et des femmes ont eu un comportement altruiste, et parfois fait montre d’un dévouement exemplaire…

La déclaration du Romain Plaute, écrite en 212 av. J.-C., et reprise au XVIIe siècle par le philosophe anglais T. Hobbes, peut être «rééquilibrée» en lisant et méditant la légende amérindienne sur «les deux loups», écho de la sagesse ancestrale des Indiens d’Amérique:

«Cette histoire se déroule il y a très longtemps. En ce temps-là, les loups vivaient nombreux. C’était l’hiver, dans le Grand Nord et dans cette région, ils étaient respectés. Un soir, un vieux sage amérindien et son petit-fils discutaient devant le feu.

– Grand-père, il y a un terrible combat dans mon cœur, avoua le garçon. Deux loups vivent en moi et s’affrontent. Le premier est bon, il vit en harmonie avec les autres loups. Il est rempli de joie, de confiance, de compassion et d’amour. Il ne veut de mal à personne. Il ne se bat que lorsque c’est juste et absolument nécessaire.

– Et l’autre loup? demanda le grand-père. Comment est-il?

– C’est un loup peureux, envieux et agressif. Il est rempli de ressentiments et d’orgueil. La moindre contrariété le pousse dans un état de rage et il attaque sans raison. Sa colère et sa haine sont si fortes qu’il est toujours en guerre contre tous.

– Ces deux loups se battent pour dominer ton esprit, dit le vieil homme. Mais tu n’es pas seul, mon enfant. Ce terrible combat a lieu en chacun de nous.

– Lequel de ces loups va gagner, grand-père?

– Celui que tu choisiras de nourrir, mon garçon.»

Cette leçon donnée à son petit-fils par le vieil Indien est charmante et réaliste!

Mais est-ce seulement à son petit-fils? Ne s’adresse-t-elle pas à chacun d’entre nous, qui que nous soyons, quels que soient notre situation, nos diplômes, l’opinion que chacun a de lui-même?

« »Deux loups » en son esprit!»

Deux approches totalement différentes de la vie,

des relations avec les autres,

de la conduite à tenir…

En fait, un choix qui engage tout l’être.

Certains, nombreux, règlent le problème en l’évacuant et s’abandonnent à la «loi de la jungle» pour peu que l’environnement et les risques encourus le leur permettent…

D’autres, plus rares, écoutent leur cœur, leur conscience… ont une éthique digne de leur condition d’homme et de femme.

Un choix! Oui, et qui détermine bien plus qu’on ne le pense notre existence en ce monde et notre avenir éternel.

Aux responsables de l’église d’Ephèse, St Paul, qui allait les quitter après avoir travaillé au milieu d’eux durant plusieurs années, déclarait:

«…Je sais qu’après mon départ s’introduiront parmi vous des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau… Veillez donc…»

L’image est saisissante!

Il se trouve donc, même au sein du monde religieux, des personnages semblables à des loups!

Cependant en remarquant que St Paul compte sur des responsables en qui il a toute confiance pour «qu’ils veillent», nous sommes soulagés!

Il y avait donc à Ephèse d’authentiques chrétiens dont la vie et le témoignage étaient sans faille, les accréditant pour cette mission importante entre toutes…

Mais demeure en notre esprit la pensée que partout donc, la vigilance s’impose!

«Deux loups!»

Le bon loup, que tu es peut-être, a donc triomphé dans le plus dur des combats:

celui de la conscience,

de l’esprit,

du cœur…

et a choisi avec détermination le chemin de la droiture, de la vérité, «du bien en terrassant le mal».

Cet affrontement au plus profond de notre être, chacun doit le mener.

De nous seuls dépendra la victoire!

Les leçons de morale qui chaque matin éveillaient, dans les écoles, l’attention et la conscience des enfants, ont hélas été supprimées… comme de même la B.A. (bonne action) scoute…

«Autres temps, autres mœurs» et en effet on en voit clairement les conséquences dans la vie quotidienne de nos pays occidentaux et de ceux qui les ont servilement copiés!

Mais, heureusement, nous ne sommes pas aussi seuls que nous l’imaginerions…

La Bible, en effet, nous assure qu’une aide victorieuse peut être obtenue par quiconque, de tout son cœur,  se tourne vers Dieu.

Alors, le combat revêt une tout autre dimension : terrestre et éternelle …

et l’homme que tu es peut ne plus jamais être «un loup pour l’homme», mais devenir un frère. politiques, des intrigues, voire des traîtrises et mensonges…

«Iznogoud»!

Peut-être vous souvenez-vous de ce personnage d’une célèbre bande dessinée créée par René Goscinny sous le titre: «Les aventures du calife Haroun El Poussah»?

Iznogoud a le rôle du méchant qui par tous les moyens, des plus vils aux plus farfelus, tente de ravir au calife son trône et son pouvoir…

Celui-ci, bienveillant et crédule, semble ne pas discerner la malignité, les objectifs de celui qu’il a accepté dans son entourage proche…

Chacune des tentatives de cet être égoïste et méchant se termine par une catastrophe le plaçant dans une situation inextricable… mais à la première occasion «celui qui veut être calife à la place du calife» recommence, car quoi qu’il fasse il demeure à son poste comme si rien ne s’était passé.

Le contraste est saisissant et choque profondément.

Le calife, qui ne se rend compte de rien et demeure débonnaire… Iznogoud, machiavélique et cruel, multipliant les complots, échoue toujours…

Derrière les aventures comiques apparaissent les caractères et les comportements des humains, véritables leçons que donne l’auteur à qui veut comprendre, et ce d’autant plus que les références culturelles et historiques, étonnantes parfois, n’en sont pas absentes…

Rire ou réfléchir?

René Goscinny a offert à ses lecteurs la possibilité de méditer sur la nature humaine et sur l’histoire des hommes, tout en distrayant et détendant.

L’actualité et l’histoire sont rarement gaies et amusantes…

L’humour permet de les aborder parfois avec une certaine distance indispensable.

La réserve qui s’impose face aux récits et déclarations historiques ou journalistiques permet de sauvegarder sa liberté et ses conclusions, qu’il s’agisse d’événements ou de faits banals.

Sans devenir un critique pessimiste, voire grincheux, il est possible de conserver son «quant-à-soi», ses valeurs et ses lignes de conduite, tout en retenant ce qui mérite de l’être…

Un esprit ouvert et une prudente réflexion peuvent très bien cohabiter.

Des «Iznogoud» existent à toutes les époques et à tous les échelons de la société.

N’est-ce pas un objectif constant, notamment chez les politiciens, de vouloir «devenir calife à la place du calife»?

On ne peut blâmer celui qui a une ambition assumée et cohérente en fonction de ses réelles capacités… mais tout est dans les moyens qui seront utilisés…

Quand demeurent la droiture, l’intégrité, le respect de soi, des autres, de la parole donnée… l’ambition et le désir de servir sont ennoblis!

Mais quand triomphent les Iznogoud, le danger est réel…

Au-delà des bandes dessinées, des personnages de Molière, des Caractères de La Bruyère, des thèses diverses…,

la Bible nous apporte une lumière pénétrante sur l’homme et la femme de tous les temps et de toutes les civilisations.

Yvon Charles