«Les D.C. ont parfois eu des dirigeants extraordinaires, comme Jean Pors, secrétaire général du club. Il faisait tout, sauf peut-être laver les maillots, et encore… ! Un homme dévoué comme on en trouve peu, et compétent !

Le café qu’il tenait près de la mairie était un peu le siège du club.

Je lui ai succédé pendant 14 ans au secrétariat, jusqu’à ce que je n’en puisse plus. A-t-il “déteint” sur moi ou moi sur lui ? Le fait est que j’ai fonctionné comme lui… Ma femme avait un jour proposé de me mettre un lit dans les vestiaires des D.C., parce que je n’en sortais plus!» nous a raconté M. Paul Simon.

Qui ne connaît Paul Simon ?…

Un demi-siècle durant, il a œuvré au cœur de la vie de Carhaix et du Poher, et tout particulièrement au sein des cercles sportifs !

Combien de centaines –voire de milliers– d’enfants et de jeunes de notre contrée l’ont eu pour enseignant, moniteur, entraîneur, dirigeant de club… ?

Et chacun garde sans nul doute de lui l’image de cet homme dévoué aux causes  qu’il a prises “à bras-le-corps”, exigeant – de lui-même autant ou plus que des autres – cachant un grand cœur sous des dehors parfois véhéments.

Le sport local lui doit beaucoup !

Alors, connu Paul Simon ? Certes ! Mais probablement moins qu’on ne l’imagine. Les lignes qui suivent permettront à beaucoup de reconnaître celui qu’ils ont côtoyé, mais le leur feront  aussi peut-être découvrir sous un jour ignoré.

Voici un voyage passionné à travers 50 ans d’histoire sportive carhaisienne, au fil des souvenirs et des fines analyses d’un homme qui  en fut une véritable cheville ouvrière.


Voudriez-vous vous présenter brièvement ?

«Je suis né en 1935, à Guimaëc dans le Finistère Nord, près de Locquirec, au bord de la mer. Une commune de 600 habitants, qui possède deux plages réputées, y compris auprès des Carhaisiens: Poul Rodou et Beg An Fry, lieu célèbre de la Résistance, et paradis des pêcheurs à pied…

Nous étions deux frères, dont je suis le cadet. Mon père était dans la Marine Nationale, comme mon grand-père. Il a notamment fait 21 ans dans les sous-marins.

J’ai eu une enfance très heureuse, auprès de parents et de grands-parents qui vivaient très proches les uns des autres, mais étant surtout élevé par ma mère et ma grand-mère en raison des longues absences des hommes mobilisés par leur métier de marins, et par la Guerre.

Nous étions une dizaine de camarades dans ce petit bourg, qui passions tout notre temps libre à l’extérieur,  à la plage. Ce n’étaient que jeux, parties de foot, parties de palets avec des galets plats ramassés sur le rivage, baignades, courses de vélo, ping-pong pendant des heures, quand le temps était à la pluie, etc., jusqu’à l’épuisement; nous tombions de sommeil le soir! 

En «petits gars de la mer», nous organisions aussi des concours de natation jusqu’à un îlot situé à un kilomètre de la plage, aller et retour…

Maître d’armes à l’Ecole nationale d’escrime…

Le sport est donc entré très tôt et tout naturellement dans ma vie. Il faut dire que nous n’avions rien d’autre, dans ces années 1945 à 1950.

J’ai commencé à jouer au football dans le seul club du canton, celui de Lanmeur, comme cadet surclassé parmi les seniors. Le Stade morlaisien m’a ensuite sollicité, mais mon père a refusé de me laisser partir…

Par contre, j’ai signé une licence au Club d’Athlétisme de Morlaix, pour connaître d’autres sports, et pendant deux ans, j’ai pratiqué l’athlétisme.

J’ai passé le concours du C.R.E.P.S. en 1953, un peu «comme cela», en même temps que celui de l’Ecole Normale… Et j’ai été reçu et presque surpris de l’être, si bien que je suis parti pour Voiron, au pied du Vercors, sans même passer l’oral de l’E.N.

A 18 ans, cela a été difficile pour moi, au début, car je me suis retrouvé benjamin dans cette préparation au professorat d’éducation physique, parmi des hommes qui avaient jusqu’à dix ans de plus que moi. Il a fallu travailler très dur, physiquement et intellectuellement!

Chaque matin, quand il avait neigé, nous commencions par déblayer la neige à la pelle avant le petit déjeuner…

Puis j’ai intégré l’I.N.S. à Paris, où je suis resté quatre ans car parallèlement aux études d’éducation physique, j’ai à nouveau voulu «voir autre chose», en passant le brevet de Maître d’armes – à l’Ecole Nationale d’escrime, ce qui exigeait deux années.

Rejoindre les D.C…. ou ouvrir une salle d’armes à Carhaix?

A l’issue de cette formation, en 1957, j’ai demandé à être nommé à Carhaix pour mon premier poste, parce que ma femme, Annick, y avait été nommée au Cours Complémentaire l’année précédente. Je savais qu’un poste de «prof de gym» était libre au Lycée de jeunes filles, bien que non officiellement inscrit au mouvement…

Charles Pinson et Jean Rohou m’ont conseillé pour postuler dans ces conditions particulières; et voilà comment je suis venu à Carhaix, moi le maritime que la Bretagne intérieure n’attirait pas du tout…

Arrivé ici, j’ai rejoint le club de football des D.C., où j’ai joué jusqu’à ce qu’un grave accident  mette fin à ma carrière de joueur. 

J’avais failli ouvrir une «salle d’armes» pour la pratique de l’escrime, mais j’ai opté pour ma première passion: le foot…

Jean Rohou, qui était alors maire de Carhaix et président des D.C., avait lui aussi été partagé entre le désir de voir s’ouvrir une salle d’armes dans sa ville, et le souhait de me voir entrer chez les D.C.!

“Porte-avions et cuirassés appelaient du large pour commander des matchs…”

En 1959, j’ai été appelé «sous les drapeaux». C’était l’époque de la Guerre d’Algérie, et ce Service national a duré 28 mois, dans la Marine, à Brest, au Service des Sports de la 2ème Région maritime.

C’était la première fois qu’ils voyaient un appelé arriver au Service National en étant déjà professeur d’éducation physique et Maître d’armes…

Ce temps a été très formateur pour moi, car j’étais chargé d’organiser des matchs de tous les sports pratiqués dans la Marine à Brest, y compris pour les équipages de navires qui y faisaient relâche. Porte-avions, cuirassés, etc., appelaient depuis le large pour annoncer le nombre de matchs qu’ils voulaient jouer… A moi de leur trouver adversaires, terrains… J’ai aussi appris à arbitrer des nouveaux sports, comme le basket, auprès de spécialistes.

Mais ce furent également des années difficiles sur le plan familial. Ma fille avait huit jours quand je suis parti, et malgré mes retours en permission, elle a demandé à ma femme après la fin du Service militaire, en ne me voyant pas repartir pour la première fois:

«Il repart quand le monsieur?» Sur le coup, cela m’a fait mal!

De 1961 à 1983, j’ai enseigné au lycée puis au collège, tout en m’occupant du sport scolaire dans trois organisations successives: l’O.S.S.U., l’A.S.S.U. puis l’U.N.S.S. J’ai été délégué du district de Carhaix de 1967 à 1982: j’organisais donc toutes les compétitions sur le secteur géographique de Huelgoat, Carhaix, Gourin, etc. Ce que j’avais appris à l’armée m’a bien servi dans ce cadre.

A la tête du sport scolaire départemental…

En 1983, l’on m’a sollicité pour devenir directeur départemental de l’U.N.S.S. – ce qui concernait 112 établissements scolaires – et j’ai donc quitté mon poste d’enseignant au collège. Et j’ai assumé cette responsabilité jusqu’à ma retraite, en 1995. Une anecdote à ce sujet: j’avais accepté ce travail à condition de pouvoir rester sur Carhaix, ce qui a été accepté par l’Académie, à charge pour moi de trouver un bureau… Et j’en ai trouvé un, dans les locaux associatifs de la ville, situé dans l’ancien lycée – dans un bâtiment attenant à l’actuelle école de la République – où j’avais débuté ma carrière: un retour aux sources, donc!

J’ai aimé ce travail, malgré les problèmes financiers à résoudre. Je suis parvenu à faire progresser les subventions et le nombre de licenciés. Mais il ne fallait pas compter ses heures !

En plus de ces activités scolaires, nous avions créé l’A.L.C.P., avec Henri Perrot et Francette puis Jean Braban, en 1965. J’y suis resté dirigeant ou entraîneur jusqu’en 1975, année où j’ai décidé d’arrêter parce que, m’occupant en plus des D.C., je n’y «arrivais» plus… Ce n’était pas de gaîté de cœur, mais il le fallait.

Voilà la trame de ma vie, à laquelle il me faut ajouter que nous avons deux enfants, une fille et un garçon, et quatre petits-enfants, tous des garçons.

Hormis le sport, mon loisir préféré est la pêche en mer. Cinq mois par an nous sommes sur la côte, et je me lève à 6 heures du matin pour aller pêcher. J’aime le calme du petit matin; les levers de soleil sur la mer sont magnifiques…»

Vous êtes donc arrivé à Carhaix en 1957… Quelle impression la ville vous a-t-elle faite alors ?

«Avant d’arriver, j’avais un a priori plutôt défavorable, et le sentiment de venir m’y «enterrer», comme on dit, car je venais de Paris, après avoir vécu mon enfance au bord de mer. J’étais d’ailleurs bien résolu à ce que nous demandions notre mutation dès que possible, c’est-à-dire au bout de deux années! Mais cinquante ans après, j’y suis toujours…

Ma femme m’avait bien sûr parlé de Carhaix, où elle se plaisait. Elle était alors la seule femme à enseigner au Cours Complémentaire, qui était un Internat masculin, et avait trouvé la ville sympathique, dynamique dans le domaine commercial…

«Mais il faut se faire accepter…» m’avait-elle dit, ce qui n’a pas été trop difficile pour moi, à cause du milieu sportif où je suis entré d’emblée.

J’ai effectivement trouvé une ville dynamique, mais dont l’aire géographique s’arrêtait pratiquement au pont de la Gare…

Et l’on trouvait du travail à Carhaix, à l’époque. Quand il fallait faire venir un joueur pour les D.C., en tant que dirigeant, j’allais «pleurer» auprès des responsables de la gare – Jean-Marie et Jean Pors – ou, traversant la route, chez Jean Rohou, patron de T.P.R., ou auprès du «Père Réteu», et dans les laiteries par la suite: Unicopa… J’ai toujours été bien reçu:

«Qu’est-ce qu’il sait faire votre gars?»

«Jouer au foot…»

Combien nous en avons placé ainsi, des jeunes!

Jean Rohou était un maire dynamique. On pouvait ne pas être d’accord avec lui politiquement, mais quand on lui demandait un service, il était présent.

Un exemple: nous nous occupions de la colonie de vacances de l’Amicale laïque. Mais les municipalités «de droite» nous ont toujours reçus à bras ouverts!

Pour un nouveau venu comme moi, c’était un élément très positif. Peut-être est-ce aussi pour cela que je n’ai pas fui deux ans après!»

Quand vous considérez la ville aujourd’hui, par comparaison à ce qui était à cette époque, quelles évolutions vous semblent les plus marquantes ?

«Elle s’est complètement transformée. Nous avons vu Carhaix évoluer, à tous points de vue, les quartiers changer, la ville s’étendre, le commerce se développer,  surtout ces dernières années. Les associations se sont multipliées… la ville est devenue un centre, un véritable pôle.

Voici quelques années, il se disait que Gourin, Rostrenen, etc., allaient «manger» Carhaix. Or, Carhaix a laissé Gourin loin derrière; Rostrenen décline: cela me fait mal au cœur de voir qu’un club qui fut l’un des grands adversaires des D.C., le C.S. rostrenois, vient d’être mis en sommeil!…

Mais l’esprit carhaisien frondeur et batailleur est demeuré!

Par contre, il y avait autrefois de grands événements fédérateurs comme la «Fête des fleurs». Quelque chose d’extraordinaire! Quel rassemblement de la population dans chaque quartier, toutes origines socioprofessionnelles confondues, la main dans la main! On apprenait à se connaître.

La vie était plus conviviale, plus chaleureuse… La ville a perdu un peu de son âme.»

Vous êtes venu à Carhaix en tant qu’enseignant d’éducation physique et sportive ; où en était la pratique du sport dans le Poher des années cinquante ?

«Il n’y avait guère que les D.C., et un peu de cyclisme, sport qui a toujours été roi en Bretagne.

Le football dominait tout, avec, outre les D.C., le club de la T.A. (la Tour d’Auvergne) et dans les environs celui des Papillons bleus de Spézet, puis au-delà Gourin et Rostrenen. Mais les D.C. étaient l’équipe à battre!

A l’époque, le «gosse» qui n’était pas bon au foot ne pouvait pratiquement pas faire de sport.

Aujourd’hui, il existe à Carhaix plus de 40 associations sportives! Nous avons assisté – et participé – à cette explosion des clubs de sport à Carhaix.»

Qu’en était-il du lycée et du collège ?

«Il y avait à Carhaix le lycée, situé dans les bâtiments de l’ancien couvent des Ursulines, qui assurait les cours jusqu’à la classe de première pour environ180 élèves et le Cours Complémentaire, qui en rassemblait 600.

Les conditions pour les cours de sport étaient épouvantables. Nous n’avions qu’un tout petit local, sous les bâtiments, qui est l’actuelle salle de musculation. On touchait le plafond en levant le bras!

En fait, il servait à se réfugier à l’abri quand la pluie tombait trop fort. Le plateau sportif n’était pas non plus ce qu’il est aujourd’hui…

Il était impossible de vraiment planifier les cours. Le Cours Complémentaire également n’avait qu’une petite salle au sol de terre battue! Nous étions donc tributaires du temps. On faisait beaucoup de gymnastique, d’athlétisme à la belle saison, de cross à Kerdaniel vers la vallée de l’Hyères… et l’on perdait des élèves en route! Les gars traînaient, restaient discuter…

De temps en temps, nous allions «soudoyer» Louis Le Mignon, pour pouvoir jouer sur «son» terrain – celui des D.C.; Le Terrain – car «gare» à qui marchait sur cette pelouse sans y être autorisé! Je garde un souvenir ému de Louis; le sport carhaisien lui a dû beaucoup. C’était un homme extraordinaire, qui avait l’amour du travail bien fait, était compétent en matière d’organisation, de matériel…

Tout a changé après la construction du nouveau lycée, puis avec celle du gymnase, salle omnisports, terrains divers…

Pourtant, je me suis plu dans le vieux lycée, où l’ambiance était sympathique.»

Les D.C. de Carhaix sont devenus votre club d’adoption. Comment se sont déroulés les premiers contacts et les premiers matchs ?»

«Dès mon arrivée, en 1957, l’on m’a demandé d’assurer l’entraînement des D.C., ce que j’ai fait surtout sur le plan physique, car je n’avais que 23 ans… Le club avait connu des problèmes, était descendu à l’échelon inférieur, de la D. H. à la D.H.R.. Michel Bourse, l’entraîneur, avait été limogé dans de tristes circonstances et cela avait laissé des traces…

J’ai eu l’incroyable chance de faire remonter l’équipe en D.H. dès cette première année! 

Il y avait un gros club de supporters, dirigé par M. Thierry, un vrai «chef», qui m’avait dit:

«Paul Simon, si tu réussis à faire remonter l’équipe, on vous paie le week-end à Paris pour la finale de la Coupe de France». Ce qui fut fait… Inoubliable!»

Où se situait l’équipe à cette époque-là ? Et quel a été son parcours pendant les années où vous avez pris part à sa destinée ?

«En 1957, le club vivait encore dans le sillage de «La grande équipe» des D.C. Celle qui, avec des garçons tels que Michel Bourse, Lily Guillou – «Chiche» – Pierrot Mesgouez, Robert Michou, Ernest Jeffroy, Lulu Léon, Guichou, Lohéac, Francis Garo, Yvon Charles un peu plus tard, l’avait mené à la gloire!

Ensuite, pendant mon service militaire, André Sorel m’a remplacé comme entraîneur. Puis Franck Philippe m’a succédé. J’ai passé au total 40 ans au sein du club, si bien que j’ai vu de tout: des temps durs et pénibles, des années noires, comme des moments d’euphorie.

J’ai connu 18 entraîneurs et 9 présidents durant ces 40 années aux D.C.!»

Quelles «épopées» vous ont laissé les meilleurs souvenirs ?… Et les plus mauvais ?

«Les meilleurs moments, pour moi ont été les années 78-79, quand l’équipe est à nouveau remontée en D.H.  Le club connaissait des temps difficiles et des dirigeants sont venus me trouver dans notre petite maison d’été, à Larvor-Loctudy, pour me demander d’entraîner l’équipe. N’étant plus très jeune, je n’étais pas très «chaud», mais je me suis laissé fléchir. Et j’ai à nouveau eu de la chance: après un début de saison catastrophique, l’équipe s’est mise à tourner. Les victoires ont appelé les victoires – comme toujours au football – et après 15 ans d’attente, le club est remonté en D.H.. C’était une liesse mémorable à Carhaix et l’apothéose pour moi!»

Au-delà de l’aspect purement sportif, quel souvenir gardez-vous de l’ambiance, des spectateurs… ?

«Quand le club était en D.H. en 1980-81, il y avait des spectateurs. A cette époque, de belles équipes venaient jouer à Carhaix: le Stade rennais B, la 1ère du F.C. Lorient – qui est montée en D1 cette année – la grande équipe de Redon, et le S.O. Maine, l’U.S. du Mans, une extraordinaire équipe de Mamers… Le jour où cette dernière est venue à Carhaix, l’on a enregistré 1700 spectateurs payants au stade!

Nous avons fait ces années-là 1400-1500 entrées à plusieurs reprises, et quelle ambiance! Quand on voit les 80 à 100 spectateurs d’aujourd’hui… Mais la télé est passée par là.

Et les D.C. ont parfois eu des dirigeants extraordinaires, comme Jean Pors, secrétaire général du club. Il faisait tout, sauf peut-être laver les maillots, et encore…! Un homme dévoué comme on en trouve peu, et compétent !

Le café qu’il tenait près de la mairie était un peu le siège du club.

Je lui ai succédé pendant 14 ans au secrétariat, jusqu’à ce que je n’en puisse plus. A-t-il «déteint» sur moi ou moi sur lui ? Le fait est que j’ai fonctionné comme lui… Ma femme avait un jour proposé de me mettre un lit dans les vestiaires des D.C., parce que je n’en sortais plus !

J’étais obligé de tout faire, car malgré un comité nombreux, la mobilisation était faible. «Paul fera ça» était un peu la devise face à toutes les tâches.

De plus, il est difficile dans ces circonstances de partager les responsabilités…

Au bout de 14 ans, j’ai donc remis tout «à plat», et nous avons entièrement restructuré le club… Ce qui n’a pas été sans mal !

Nous avons aussi obtenu de la municipalité un siège – une baraque «Chalosse» – proche du stade, puis l’éclairage du terrain, puis une deuxième baraque pour faire enfin un «club house», ce que j’avais toujours espéré, afin de souder le club dans la convivialité.

Quand nous recevions une équipe adverse pour un match, nos épouses préparaient le repas du soir… et les joueurs, à tour de rôle, faisaient la vaisselle après le match. Cela a mis une ambiance extraordinaire entre les joueurs, y compris avec nos adversaires. Carhaix était connu dans tout l’Ouest pour sa convivialité.»

Comment analysez-vous le parcours de l’équipe, les «hauts» et les «bas» qu’elle a connus par la suite… Et quelle leçon tirez-vous de votre expérience pour la conduite d’une équipe de football ?

«Les querelles d’hommes, de personnes, et les changements fréquents d’entraîneurs sont les pires des choses. Nous avons eu une excellente période dans les années 68 à 69, à l’époque où Franck Philippe était entraîneur, avec des joueurs comme Henri Perrot, Alain Lucas, Jean-Louis Le Chaux, Gilbert Le Jeune, Jean-Yves Colleter, Jean-Paul Birrien, Teto, etc.

Puis sont revenues des années noires dans les années 72-73… 

Mais le football est ainsi, il y a des hauts et des bas, et des effets de générations aussi!

Avant que j’arrive, la «grande équipe» des D.C., avait connu un sort semblable, avec des sombres querelles politiques qui ont tout cassé…

L’esprit de camaraderie est l’essentiel pour la réussite d’une équipe.

Bannir les rivalités, les jalousies. Se concerter, s’entraider. Façonner une osmose entre les joueurs, et entre ceux-ci et les dirigeants. Et ensuite travailler, encore et toujours…»

Est-il plus facile, à vos yeux, d’être entraîneur ou joueur ?

«Les deux sont totalement différents… J’ai horreur des «joueurs-consommateurs» qui veulent recevoir sans jamais rien donner. Il faut savoir donner comme on reçoit.

Un  joueur qui ne joue plus en équipe première peut aller aider un petit club des environs!

J’ai d’ailleurs toujours regretté de ne pas être parvenu à rapprocher les petites équipes locales et les D.C. Il est toujours resté une rivalité, une certaine animosité entre elles. Les D.C. étaient l’équipe à vaincre.

Il faut que le joueur qui reste sur le banc de touche sente qu’il fait partie de l’équipe, et la soutienne. Car dans un club, il n’y a finalement que 11 garçons à être satisfaits: ceux sélectionnés pour l’équipe A. Les remplaçants ne sont pas contents de leur sort. Ceux de l’équipe B ne sont pas contents de ne pas être en A, ceux de la C de ne pas être en B, etc.

A l’entraîneur de faire accepter leur sort à tous, et que chacun soit heureux d’être dans le club. D’où l’importance de l’état d’esprit dans l’équipe.»

Et dans votre carrière de «prof de gym», quels ont été les sources de joies ou motifs de satisfaction? Et les regrets ou les peines ?

«J’ai eu la joie de mener de bonnes équipes en sports scolaires, en handball notamment, au sommet des championnats d’Académie…

Mais je n’oublie pas que ces résultats sont très souvent ceux d’un travail collectif. Une équipe pouvait être bonne avec moi parce que mon prédécesseur – mon ami Henri Perrot, par exemple – avait fait un bon travail.

J’ai commencé avec Francette Braban, puis Henri Perrot et Odile Le Gall sont arrivés, puis d’autres encore, tel Yves-Pierre Le Gall… Nous travaillions vraiment ensemble, soudés.»

La pratique du sport, et son enseignement, ont certainement beaucoup évolué au cours de vos 38 années de carrière…?

«Les méthodes se sont succédé là comme ailleurs.

Au départ, l’enseignement, issu des lois de 1945, était très rigide. C’était la méthode dite «naturelle»,  basée sur les mouvements de gymnastique. L’on faisait du grimper à la corde, des abdominaux, etc. C’était très ennuyeux ! Il y a eu les méthodes Hébert ; puis Léger: les «lendits», c’est-à-dire les mouvements d’ensemble, synchronisés; puis la méthode Le Boulch, et ainsi de suite. Et cela continue.

J’estime que les enfants sont aujourd’hui trop rapidement orientés vers des spécialités sportives, vers des clubs. Qu’on les laisse donc découvrir divers sports, chercher leur voie, s’épanouir ! Qu’on les aide d’abord à devenir des petits hommes, en développant harmonieusement leur capacité physique globale. L’école doit s’attacher à travailler ces fondamentaux-là, en proposant un maximum d’activités. La spécialisation viendra après…

Car on voit aujourd’hui des enfants qui sont de vrais petits jongleurs, ballon de foot au pied, mais qui n’ont aucune condition physique globale. Combien d’enfants sont encore capables de monter à la corde, par exemple ? Combien ont appris à faire un réel effort ?…

Hélas ! J’ai connu des emplois du temps scolaire où les classes avaient jusqu’à 5 heures de sport hebdomadaires! Puis l’on est tombé à 3, puis à 2 ! Et le projet de «socle commun fondamental» ne comporte même plus de sport… Celui-ci est aujourd’hui dévalorisé.»

Qu’en a-t-il été de l’évolution des enfants et des jeunes ?

«Nous en sommes à une tout autre génération. Les enfants avaient autrefois un «entraînement» physique naturel. Ils bougeaient, marchaient, grimpaient aux arbres, faisaient du vélo, par tous les temps… Aujourd’hui, ils sont collés à la télévision, avec en plus, parfois, le walkman sur les oreilles!

Les jeunes «papillonnent» aussi beaucoup. Ils changent souvent d’activité, sans persévérer dans aucune. On le voit dans les clubs: ils ont des effectifs de 50 une année, 100 la suivante; si l’entraîneur réprimande, on quitte le club…

Les mentalités ont changé: chez les footballeurs, par exemple, on ne voit plus guère ce respect de l’équipe – «du maillot» – de la licence, de la signature, qu’il y avait autrefois. Au lieu de se «serrer les coudes» dans l’adversité, on s’en va.

J’ai vu jusqu’à 24 démissions par an aux D.C. Mais combien de fois j’ai vu ces joueurs revenir au club l’année suivante, après avoir constaté que «la soupe» qu’ils imaginaient meilleure ailleurs ne l’était pas!

Cependant, il est difficile de bâtir une équipe solide dans ces conditions.

Mais je parle là comme un «ancien combattant» !…»

Vous avez également pris une très large part aux activités de l’A.L.C.P., association qui a marqué les décennies passées à Carhaix… Quelles ont été les raisons de son succès ?

«L’A.L.C.P. est née dans un car qui ramenait l’équipe d’athlétisme scolaire d’une compétition où le «monstre» de l’époque – le Likès de Quimper – nous avait une nouvelle fois battu, «sur le fil». Nous avions de bonnes équipes de cross, car Carhaix et la région ont toujours été des terres de cross, mais nous étions régulièrement battus par ce lycée quimpérois de 3500 élèves…

J’ai soudain dit à mon ami Henri Perrot, que j’avais «accueilli» à la fois aux D.C. et au collège-lycée :

«Nous n’y arriverons jamais si nous ne constituons pas un club d’athlétisme !»

«Quoi ? !» m’a-t-il répondu en me regardant avec des yeux ronds.

«C’est le seul moyen de faire progresser nos élèves grâce à des entraînements spécifiques…»

Et quand nous l’avons lancé, tout le monde criait aux «casse-cou» : «créer un club d’athlétisme dans une petite ville comme Carhaix !!…»

Nous avons donc créé ce club, l’A.L.C.P., pour entraîner les jeunes pendant notre temps libre. Toute une aventure ! L’année après nous avons vaincu le Likès… et l’A.L.C.P. a connu une belle carrière.

L’une des principales raisons de la réussite a été le travail en commun de l’équipe de dirigeants, d’enseignants d’éducation physique et sportive, que nous avons constituée Henri, moi, Francette Braban, Odile et Yves-Pierre Le Gall, Pierre et Francine Astier, et l’incontournable Alain Lucas.

Cette entente régnait au-delà de ce cercle: j’ai dû organiser vingt championnats départementaux de cross et une douzaine de championnats d’Académie. Nos terrains de Penalan puis de Kerampuil nous amenaient les demandes fréquentes des instances départementale ou régionale !

Pour ces occasions, Mme Poirier, la directrice du lycée, ouvrait toutes grandes les portes de son internat et de sa cantine pour faire manger 600 participants. Il y avait une vraie mobilisation générale  des membres de l’A.L.C.P., des enseignants, des parents d’élèves, etc.

Une autre raison a été la présence de spécialistes dans certaines disciplines, comme Pierre Astier pour les lancers, qui a formé Jérôme Carrière, champion de France. Il en a été de même dans le cross.

Enfin, c’était un club «familial», convivial, amical, qui a eu de très bons dirigeants: André Lavigne, André Allanic, Emile Boulanger et Henri Perrot qui a fait un travail immense à l’A.L.C.P.»

Pourquoi s’est-elle, selon vous, essoufflée quelque peu ces dernières années ?

«Il n’y a pratiquement plus d’athlétisme au collège et au lycée. Nous le considérions comme un sport de base à enseigner aux élèves, et en faisions beaucoup, ce qui nous a été souvent reproché – tout comme on m’a reproché de faire beaucoup de football – mais le «prof de gym» enseigne plus volontiers ce qu’il aime et connaît bien…

L’ancien directeur départemental de l’U.N.S.S., que je suis, se désespère de voir le peu d’élèves qui vient aux rencontres de sport scolaire le mercredi après-midi. Il y en a eu jusqu’à 300; il en reste une quarantaine à peine… et de quel niveau !

Il est évident aussi que la réussite, les résultats, créent une dynamique encourageante. Pierre L’Haridon se bat aujourd’hui pour son club dans des conditions difficiles. Mais il est un peu seul. Car même si le bénévolat n’est pas mort, il s’est orienté vers des «coups de mains» ponctuels, et dure rarement.»

Quels sont les meilleurs souvenirs glanés, les grands moments vécus dans ce cadre – et au-delà dans l’histoire sportive de Carhaix – que vous retenez plus particulièrement ?

«Il y en a beaucoup ! Pierre Plounévez, qui fut l’un des grands hommes du monde associatif sportif carhaisien – aux D.C., à la société hippique du Poher… – m’a un jour dit :

«Paul, il faudrait que nous écrivions un livre plus tard, pour retracer l’épopée du sport à Carhaix, les péripéties, les anecdotes…». Hélas, sans notes, on oublie un peu !

Mais les plus grands moments sont pour moi ceux qui ont mobilisé l’ensemble du mouvement sportif local.

Sur le plan scolaire, les plus grands événements dans ma carrière restent les deux championnats de France de cross que j’ai été chargé d’organiser, à Penalan, en 1974 et 1982.

Vu la situation géographique de Carhaix, les gens qui venaient de Corse ou de Marseille se demandaient où ils arrivaient… Avec Louis Le Mignon, alors chef des pompiers, nous avions eu l’idée de fabriquer des «auges» avec des jets d’eau – que l’on voit utilisées encore à Kerampuil – pour que les crossmen se lavent. «Il n’y a même pas de douches ? !» disaient certains…

L’aventure de cette organisation, menée avec tous les collègues enseignants du collège-lycée, a été extraordinaire: tous les établissements scolaires, de Guingamp à Rostrenen, étaient mobilisés pour l’hébergement. 120 cars circulaient entre Carhaix et ces écoles. Des trains spéciaux avaient été prévus par la S.N.C.F…

Que d’anecdotes à raconter : en 1982, il avait fait très beau depuis un mois. Puis, le jour des championnats, il pleuvait des cordes ! Je me souviens des Corses qui portaient des survêtements blancs… Ils s’étaient enthousiasmés pour le temps magnifique de la Bretagne !

Et le lendemain, ils pestaient contre le temps «pourri»…

Les deux championnats de France organisés par l’A.L.C.P. en 1996 et 2000 ont aussi été de grands moments. Quel élan de solidarité à Carhaix !

Et je ne voudrais pas oublier non plus les meetings d’athlétisme que nous avons organisés, comme celui de 1966, année suivant la création de l’A.L.C.P., nous avons pu faire venir à Carhaix Jazy, le «grand» de l’époque, puis Colette Besson et Maryvonne Dupureur, championnes olympiques, mais aussi Mimoun, Wadou, Colnar… champions de France de lancer de poids.»

Quelles grandes figures du sport vous ont-elles le plus marqué ?

«Je vais surtout parler des sportifs locaux, que j’ai bien connus…

Dans le football, plusieurs équipes ont marqué l’histoire locale: celle menée par Michel Bourse dans la deuxième partie des années cinquante. Celle que j’ai eu l’honneur d’entraîner de 1978 à 1982. Puis celle qui a gagné la Coupe de l’Ouest avec Jacques Cadran…

Des personnalités ? Il y a eu de bons nageurs au club nautique, à l’époque de Georges Renoux. Pour l’A.L.C.P., il faut citer les six champions de France, dont Bruno Guillou, qui a marqué le club, ou Hervé Mevel. Sans oublier des sportifs comme Philippe Grill, Jean-Yves Landré, Sandra Lévenez… Et parmi les anciens, Jean Alain, dit «Jazy», infatigable coureur à pied !»

Comment votre épouse a-t-elle vécu vos engagements sportifs ? Votre famille a-t-elle quelque peu pâti de votre attachement et dévouement à la cause sportive ?

«Cela n’a pas toujours été facile pour ma femme, et je lui dois un grand merci d’avoir accepté tous ces engagements pendant autant d’années !

Elle avait ses propres cours à préparer, ses heures de classe, les enfants à suivre… Ce n’était pas simple de tout assumer en mon absence.

En plus, à notre arrivée en 1957, nous avons relancé la colonie de vacances de l’Amicale laïque, à la demande de M. Le Gall, le directeur du Cours Complémentaire, qui nous l’avait pratiquement confiée comme une mission au nom de la  laïcité!

Annick et moi, nous étions d’ailleurs connus en colonie de vacances, à St-Samson, près de Plougasnou, elle en tant que monitrice de la «colo» de St-Martin-des-Champs, moi moniteur de celle de Brest…

Pendant dix ans, nos deux mois d’été – puis un seul quand Henri Perrot s’est chargé de l’autre mois – ont été consacrés à cela. Un travail énorme. Il fallait tout organiser, de A à Z, pour 120 à 130 enfants de 6 à 14 ans et l’encadrement. J’étais directeur, ma femme était l’économe.

Cette «colo» avait lieu à l’école publique de Crozon, un site peu adapté aux vacances! Nous démontions les lits des dortoirs de l’école de Carhaix, les transportions par camions pour les remonter dans les classes «Chalosse» de Crozon. Matelas, couvertures, ustensiles de cuisine…, prenaient le même chemin… et inversement à la fin du séjour. Quarante à cinquante bénévoles, parents et amicalistes, nous donnaient un «coup de main» pour ces déménagements.

Mais cela nous a permis d’avoir des contacts extraordinaires avec les élèves, hors du cadre scolaire!

Nous avons d’ailleurs eu quelques remontrances de la  part de Mme Poirier, notre directrice, quand à la rentrée scolaire, les enfants que nous avions eus en colonie continuaient à nous tutoyer – et nous de même… Car nous ne voulions pas qu’ils nous vouvoient en colonie – pas plus que cela n’était pensable aux D.C. pour ceux d’entre eux que je retrouvais là!

J’avais essayé d’expliquer la situation à Mme Poirier, sans succès :

«Monsieur Simon, je vous interdis de tutoyer vos élèves!»

Combien de Carhaisiens ont gardé de ces «colos» un souvenir merveilleux… Mais quel «boulot» !

De 1983 à 2006, j’ai encore été membre du comité de l’Office des Sports de Carhaix… et de 1972 à 1995, correspondant sportif du journal «Le Télégramme»: 23 ans qui m’ont donné un contact sans égal avec tous les clubs carhaisiens.

Donc, oui : la vie de famille a forcément pâti de tout cela, et je dois reconnaître que j’ai été un peu égoïste en ce domaine !»

Si c’était à refaire… reprendriez-vous le même chemin ? Ou agiriez-vous autrement ?

«C’est difficile à dire. Je me donnerais sans doute moins pour le football. Je lui ai trop sacrifié  – particulièrement sur le plan familial – et pendant trop longtemps: 40 ans… Et je le redis : je dois beaucoup à ma femme Annick, qui n’aimait pas le football! Mais elle l’aime maintenant que je n’y suis plus !

Sans faire à nouveau l’ancien combattant, il faut dire qu’à l’époque les carrières de «prof de gym» allaient souvent de pair avec des activités sportives bénévoles.»

Il est courant de dire que Carhaix et le Centre-Bretagne sont des lieux de pratique sportive. Est-ce votre avis ?

«Le nombre et la diversité des clubs carhaisiens a certainement attiré des personnes vers le sport, surtout quand certains d’entre eux ont obtenu de bons résultats. Mais je ne pense pas que le nombre de sportifs ait augmenté à Carhaix.

Ils se sont répartis entre les divers clubs. Il y a eu dispersion, et souvent une perte de qualité, ou du moins de performance. La nouveauté attire…

Mais le tout n’est pas de créer un club – c’est de le maintenir en vie – ni d’arriver à un bon niveau, mais d’y rester !

Or, pour cela, il est essentiel que les clubs s’assurent d’un solide encadrement, et de gens compétents dans leur discipline, et disponibles…

L’une des difficultés pour les clubs en Centre-Bretagne est le manque d’emploi pour les jeunes. Ce qui amène beaucoup à quitter la région pour chercher du travail ailleurs.»

Les infrastructures et équipements sportifs divers répondent-ils aujourd’hui aux besoins ? Que manquerait-il ?

«Ils sont très corrects à Carhaix. Yves-Pierre Le Gall, et d’autres avec lui, ont mené un «combat» persévérant à une époque et ont obtenu de beaux équipements: la rénovation de la piste d’athlétisme, l’extension de la salle omnisports, la création d’une salle de sports de combat, et d’autres réalisations, qui ont bien doté Carhaix.

Mon rêve – et ce que j’ai réclamé à cor et à cri pendant des années – aurait été que l’on aménage une «plaine de jeux» à Poulriou, près de Kerampuil. Ces terres plates sont idéales, notamment pour des terrains de sports collectifs. J’aurais aimé y voir l’aménagement d’un beau terrain de football entouré d’une piste d’athlétisme de 400 mètres!»

Que vous a apporté, à vous personnellement, la pratique du sport ?

«Une forme d’esprit. J’ai toujours été un gagneur… avec une réputation de «braillard», qui a fait le tour des clubs !

Et il est vrai que je ne comprends pas les entraîneurs qui se tiennent impassibles, en costume cravate, sur le bord de la pelouse. Je bouillais, je criais, je gesticulais… Cela m’a valu des inimitiés, mais peu importe ! Les gens intelligents connaissaient mon tempérament et tout se terminait bien.

Le sport m’a aussi beaucoup appris sur les hommes, sur l’humanité…

Et j’y ai connu beaucoup d’amitié, avec les joueurs, les dirigeants; et d’honnêteté: jamais je n’ai vu une histoire de politique envenimer les relations humaines. Cela était banni, particulièrement au sein des D.C., qui en avaient autrefois pâti.

Enfin, il m’a donné des moments de joie extraordinaires ; le sport génère des joies collectives parmi les plus grandes qui soient, je crois.»

Avec le recul que vous donne plusieurs dizaines d’années d’expérience, quelle qualité appréciez-vous le plus chez le sportif ? Et quel travers ou défaut vous insupporte le plus ?

«Le dopage est l’une des choses qui me déplaisent le plus. C’est un fléau. En ce domaine, nous ne sommes pas les plus mal lotis en France…

Mais ceux qui le font sont des tricheurs, quelles que soient leurs raisons: appât du gain ou pressions extérieures. Je connais un père de famille qui a trouvé une petite boîte de «produits» chez lui. Elle appartenait à son fils, qui faisait du vélo dans un club. Et cela venait d’un dirigeant…C’est horrible!

Tirer sur le maillot au foot, ou simuler une faute, c’est aussi tricher. C’est inadmissible, honteux! Il faut que ce soit puni! Qui ne combat pas cela est complice.

Je me souviens d’une période sombre de l’histoire des D.C. où il m’a fallu combattre la violence: l’équipe n’avait plus de résultats et certains voulaient «durcir» le jeu. Quand on a une certaine idée du sport, il ne faut pas céder à ces dérives!

Il faut inculquer le fair-play aux joueurs, aux dirigeants, aux spectateurs… Le respect de l’adversaire, et de l’arbitrage de même. Je puis vous dire que moi qui ai un caractère entier, j’ai plus d’une fois pesté intérieurement contre un mauvais arbitrage! On enrage, mais on se tait. C’est une école de maîtrise de soi!

La qualité que j’apprécie le plus chez un sportif, c’est la loyauté. L’amitié. Un bon état d’esprit. J’aime le joueur avec lequel l’on a envie de travailler, de jouer, pour lequel on a envie de se donner en tant que dirigeant ou entraîneur; pour l’aider à devenir un homme; «quelqu’un de bien».»

Nous sommes en pleine Coupe du monde de football… Quel regard portez-vous sur cette compétition sportive, sur tout ce qui l’entoure, et plus généralement sur la haute compétition telle qu’elle se pratique aujourd’hui ? Ne craignez-vous pas que le sport ne meure ou ne «perde son âme» dans les marécages du «business», de l’argent, et du dopage ?

«C’est le sport professionnel… hormis quelques équipes, c’est devenu une histoire de «gros sous», de marketing, de sponsors. 

Un super-ordinateur a dit que l’Italie battrait le Brésil en finale… Les Italiens?… Ceux qui ont «arrangé» des matchs, payé des arbitres, etc.? L’Italie dont la Juventus va être rétrogradée de deux divisions pour cause de corruption ? Si c’est cela le haut niveau…

Je suis horrifié par les sommes que gagnent les joueurs de haut niveau; c’est une insulte au smicard et aux autres. Et l’excuse souvent évoquée – «leur carrière ne dure que dix ans» – n’est pas admissible. Cela ne justifie pas une telle indécence dans les sommes qui sont en jeu.

Le sport est un  phénomène social, et le football tout particulièrement: il n’échappe pas à ce qui se passe dans la société.

Pour le reste, la Coupe du monde ne me dérange pas. Je suis un gagneur et j’ai aussi mon côté «cocorico»… Que l’équipe de France aille donc le plus loin possible, mais surtout pas à n’importe quel prix, ni par n’importe quels moyens.»

Reconnaissez-vous dans le football d’aujourd’hui celui que vous avez pratiqué à vos débuts ?

«Non. Hormis ce que nous avons dit, il est devenu très technique et très tactique; et peut-être plus physique, même aux niveaux où évoluent les D.C. Ce n’est plus le même football, c’est une autre époque, un autre monde.

Nous n’avions même pas vraiment d’entraîneurs. C’était souvent un capitaine-entraîneur…

Je m’amuse toujours d’entendre d’anciens joueurs dire des équipes actuelles:

«Oh! Nous leur aurions mis une «dérouillée» à ceux-là. Ils ne sont pas bons !»

Tous les sports évoluent considérablement. Quand je vois le handball pratiqué aujourd’hui par rapport à celui que nous pratiquions!… La vitesse, la puissance, les tactiques ont progressé énormément.»

Comment préserver un sport sain, et lui conserver ses valeurs, éducatives notamment, auprès des plus jeunes dans un tel contexte, face à l’image que véhiculent les médias et à son impact ?

«C’est une question de pédagogie. Il faut «enfoncer» le clou, répéter encore et encore, et montrer l’exemple: que les responsables le montrent et soient exigeants.

Mais c’est aussi une question d’éducation en dehors du sport. Et il faudrait peut-être envoyer certains parents en stage…

On dit que le sport inculque le respect de l’autre, la loyauté, une certaine conduite de vie, le goût de l’effort, et donc du travail dans la vie… Mais le fait-il encore aujourd’hui ?»

Vous qui avez tant enseigné le sport, quels conseils donneriez-vous à ceux qui, de tous âges, veulent commencer ou recommencer à en pratiquer ?

«Il ne faut pas prendre de risque ! Chacun doit être bien conscient de son âge et de ses capacités. Je tremble quand je vois des gens d’un certain âge vouloir passer des brevets – les audax en cyclotourisme, par exemple – ou quand je vois l’état physique de certains cyclistes rentrant chez eux après la sortie du dimanche matin…

Au football, et dans les clubs en général, on demande une visite médicale pour les jeunes qui veulent pratiquer… Tous ceux qui veulent faire du sport devraient en passer de même. Il faut un contrôle médical, y compris pour tous ceux qui font du sport de loisir, comme le jogging, le vélo, le cyclotourisme, la randonnée… Le sport, c’est excellent, mais il faut des «garde-fous».

J’ai aussi un peu peur quand je vois l’entraînement pratiqué dans des petits clubs de foot, sans qu’un entraîneur compétent – qui connaisse vraiment ce qu’est l’entraînement sportif, ses méthodes et ses risques – ne soit là.»

Quels conseils donneriez-vous à un très jeune à l’orée de sa vie sportive ?

«Il ne faut pas donner aux enfants des illusions. Une «carrière» sportive exige de réelles aptitudes physiques et mentales. Que le jeune réfléchisse bien avant de se lancer.

Qu’il choisisse bien ses objectifs, et le club où il va mettre les pieds. Qu’il voie bien quel y est l’état d’esprit, l’ambiance. Qui sont les responsables…

Attention aux chausses-trappes ! Attention de se fourvoyer. Prudence : un œil à droite, un œil à gauche !

Je ne comprends pas, par exemple, qu’un garçon comme le footballeur Gourcuff, dont le père est entraîneur depuis longtemps, soit à 19 ans entre les mains d’un «agent»… Un de ces hommes dont beaucoup sont des requins qui traquent l’argent.»

Carhaisien depuis près d’un demi-siècle, comment voyez-vous la situation actuelle et l’avenir de notre ville ?

«Il y aurait des raisons d’être pessimiste au vu des événements survenus chez Unicopa dernièrement, de la fragilité de certaines autres entreprises, et de la situation générale en France… Mais, optimiste de nature, je reste aussi optimiste pour Carhaix. Il faut s’accrocher et se battre.

L’agroalimentaire a sauvé Carhaix dans un passé récent, il faut maintenant trouver autre chose, dans le tourisme ou autre.»