Faut-il en rire ?

Ou s’en inquiéter ?

Ces quelques intellectuels  s’entretenaient d’écologie, de pollution… d’un avenir hypothéqué pour notre monde…

lorsque l’un d’entre eux reprocha à l’une des interlocutrices les grands voyages en avion qu’elle effectuait…

La réaction de cette dernière fut immédiate et étonnante :

«Mon bilan carbone est bon… je n’ai pas d’enfants !»

Quel étrange raisonnement… pour se disculper – mais avait-elle réellement besoin de le faire ! – elle mit au même niveau de nuisance des voyages en avion et les enfants !

Le tout se résumant à la production par les uns et les autres de «carbone» !

était-ce une boutade?

Ce n’est pas certain, et quand bien même le serait-ce, la préoccupation souligne une terrible emprise sur les esprits de notre temps et une déviance grave de l’échelle des valeurs, du rapport de l’humain à l’objet !

Il est vrai que nos sociétés sont de plus en plus coupées du réel, du vivant… et dominées par la technologie envahissante et impériale.

«Le climat…» «sauver la planète…», … et d’autres préoccupations semblables peuvent être, certes, légitimes et certaines le sont, mais le mode incantatoire qui vise à les imposer, les présentant comme des évidences redoutables, sorte de résurgence des peurs de l’an 1000, finit par indisposer et peut provoquer chez beaucoup l’effet contraire à celui escompté.

Ces découvertes, annonces… sont immédiatement répercutées par des médias, avides de sensationnalisme, qui les amplifient… donnent des dates : 2030, 2050, 2080… comme autant de catastrophes inéluctables… 

Les connaissances scientifiques, comme tout ce qui est humain, sont relatives et parfois, entre autres en météorologie, s’avèrent erronées…

Mais qu’importe, diront certains, le futur inquiète et nombre d’«inventeurs» de «nouvelles» ne seront plus là pour les rectifier si tant est qu’ils auraient l’honnêteté intellectuelle de le faire…

En attendant les peurs s’étendent et les interdits, les oukases, les avertissements… parfois les menaces même, déferlent.

L’inquiétude entretenue, exploitée par certains, génère une forme d’inquisition…

Où cela conduira-t-il ?

Les algorithmes sont plébiscités et leur mode de raisonnement réducteur s’étend de plus en plus.

La technologie gagnant sans cesse des secteurs nouveaux, les algorithmes accroissent leur souveraineté.

Souvent utiles, ils peuvent cependant devenir envahissants et contribuer à modifier la manière de penser et de vivre des humains que nous sommes.

Le conseil, sous forme d’avertissement, donné en son temps par Robert d’Arbrissel est toujours d’actualité :

«Ne faites rien de trop ; tout ce qui est excessif se change en déséquilibre (“vice”).»

Conseil pour la conduite de la vie, mais qui peut aussi s’appliquer à la robotisation que d’aucuns considèrent comme étant l’avenir de la race humaine.

Un enseignant, plein de finesse et d’expérience, éveillait les élèves que nous étions, aux risques de raisonnements pré-établis ou faussés…

Il interrogeait: «Que dit-on, une maison construisible ou construisable ?»

Bien évidemment les réponses fusèrent: «Construisible» disaient les uns. «Construisable» affirmaient les autres…

Après avoir laissé s’écouler le temps de l’affrontement, ce fin pédagogue concluait soudain :

«Constructible !»

Et le silence s’établissait, riche d’une leçon quant à la nécessité de réfléchir, d’analyser… avant de parler et de s’enfermer dans quelque piège ou fausse évidence.

Apprendre à réfléchir !

Mais le rythme imposé en notre temps nous permet-il encore de le faire ?

Nous entendons comme un écho lointain Pierre J. Hélias et d’autres observateurs des us et coutumes de notre peuple de Bretagne, évoquer l’exclamation du vieux Breton sagace à la grande expérience :

«Hopala ! Ne nous emballons pas… Laisse-moi le temps de réfléchir et de voir, avant de te répondre !»

Oui, ce recul est indispensable, le temps nécessaire à l’examen des «tenants et aboutissants»,

une réserve plus qu’utile pour préserver sa liberté en tous domaines !

Combien sont enfermés dans les algorithmes, raisonnements et désirs programmés, et qui, tels des robots ou presque, ont perdu une grande part de la richesse de leur être !

Retrouver ou sauvegarder notre possibilité de choisir, 

de refuser ou d’accepter, est un objectif et un combat qui sont aussi vitaux que «le climat» ou «l’empreinte carbone» personnelle…

«Construisible», «construisable», ou le «Hopala !» du vieux paysan prudent,

autant de simples appels à ne pas être dupes, et à réfléchir…

Une saine philosophie pour le quotidien… qui peut s’appliquer au sens de la vie et de l’éternité.

«Levez les yeux…» concluait Jésus, le Christ…

«Levez les yeux…» pour que notre vision soit à la hauteur de notre destinée.