Si vraiment «”la culture” c’est ce qui reste quand on a tout oublié», il y a là un riche sujet de réflexion pour les élèves et les maîtres en ce temps de rentrée scolaire.

Cette parole attribuée à Edouard Herriot serait l’écho d’un écrit de la Suédoise Ellen Key…

Quoi qu’il en soit, enfants, étudiants, professeurs et éducateurs, tout comme parents et chacun de nous, devraient la méditer !

Et ce d’autant plus que nous vivons dans une société de l’immédiateté, du superficiel voire du factice, du «prêt à consommer » où tout passe et s’efface…

«Ce qui reste » : encore faut-il qu’il y ait eu un minimum d’études sinon de savoir… Mais quand bien même l’analphabétisme existerait encore dans nos contrées, chaque personne n’aurait-elle pas des leçons à retenir de ses expériences et la joie de transmettre quelque enseignement pouvant aider jeunes et moins jeunes… et pas seulement dans le seul domaine de la réflexion ou de la philosophie de l’existence, mais également dans ce qui semble plus prosaïque dans le quotidien…

Car il est hélas tant d’enfants dont les journées se nourrissent davantage des inepties et des décors de la télévision que de lectures enrichissantes et de travaux formateurs…

Quant à ceux qui étudient, parfois jusqu’à l’épuisement, il serait dommage et dommageable que leurs efforts et «sacrifices» ne soient réalisés qu’en fonction des seuls examens et concours…

Mais n’est-ce pas le «système» scolaire et sélectif dans son ensemble… qui serait à repenser et à reconstruire ?

Peut-être accepterez-vous de méditer, au moins un moment, cette analyse du grand penseur Jacques Ellul. En voici quelques extraits : 

«…dans la société technicienne où nous vivons, on confond culture et documentation. Nous sommes cultivés, n’est-ce pas, puisque tout est stocké dans nos ordinateurs, puisque nous avons tous accès au Net et que nous pouvons nous mettre devant l’écran à toute heure du jour et de la nuit! Mais la vraie culture est loin de “l’image ridicule que les technologues s’en font”. Elle n’est pas accumulation de connaissances. Elle “n’existe que si elle soulève la question du sens de la vie et de la recherche des valeurs”…»

«…A quoi servent les milliers d’informations que déversent sur nous les médias (et aujourd’hui Internet) si “elles tombent dans un vide sidéral d’inculture et par conséquent n’ont ni place ni sens ? Même si le téléspectateur retenait tout ce qu’il voit à la télévision, finalement il ne saurait rien et ne comprendrait rien parce qu’il n’a ni les moyens intellectuels ni le cadre culturel pour que ces informations trouvent place, rapport, lien avec le reste, et reçoivent une pondération dans un équilibre global”.»

J. Ellul souligne également : 

«…pour s’élaborer, la culture exige de la lenteur, et c’est justement ce qu’interdit notre époque technicienne. “On ne peut pas fabriquer une culture comme on fabrique un ordinateur”.»

«…Le système technicien désire quand même créer une culture : la sienne. Elle consiste avant tout à adapter l’homme à la technique. Que ce soit dans le cadre de la formation permanente dispensée par l’employeur, ou à l’école, ce qu’on appelle la «culture» sert désormais d’abord à intégrer l’individu, à le profiler pour qu’il trouve sa place à l’intérieur de la société technicienne».

Et l’observateur attentif de nos sociétés avertit : 

«…”ce n’est pas l’enfant en lui-même, et pour lui-même qui est formé : c’est l’enfant dans la société et pour la société. Remarquons qu’il ne s’agit nullement d’une préparation à une société idéale, toute de justice et de vérité, mais à la société telle qu’elle est”. L’enseignement a donc perdu de vue ses véritables buts…»

Faut-il alors «baisser les bras» ainsi que concluaient, de manière imagée, beaucoup de nos concitoyens, découragés, en butte à l’adversité dominatrice ?

Non ! Mille fois non !

Chaque parent, chaque éducateur, et au-delà, toute personne refusant d’être «robotisée», «conditionnée», voire manipulée, peut réagir et établir des frontières et des antidotes.

Dans la vie quotidienne existent donc des contraintes que l’on doit considérer pour atteindre les buts : examens, concours, etc., ainsi que les exigences de la vie en société…

Mais, au-delà de cette approche «utilitaire» doit s’épanouir une vie intérieure et extériorisée plus profonde, plus riche… Elle se nourrit de l’âme, des élans et aspirations du cœur, des exemples de l’histoire et du présent.

Et s’il est vrai que l’humaniste, le lettré dont les connaissances paraissaient quasi encyclopédiques a disparu, l’essentiel doit demeurer : l’homme dans ce qui constitue sa noblesse, sa dignité : la grandeur de son existence, quelque éphémère qu’elle soit ici-bas.

Que dirait aujourd’hui, face aux pressions de toutes sortes, à l’envahissement de «la communication-publicité» Michel de Montaigne ?

Sans aucun doute réitérerait-il aux parents le conseil qu’il donnait en son temps, tant pour choisir les éducateurs que pour accompagner les enfants dans leur marche vers la maturité :

«Mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine.»

Parents, éducateurs… et chacun, pouvons choisir de préserver l’espace de liberté, de donner la primauté à la pensée et à la réflexion… cantonnant Internet, la TV et autres redoutables et séduisants envahisseurs à leur juste place…

Lire, s’informer, méditer, partager… se situer dans l’histoire et le temps… et apprendre aux enfants, aux jeunes… à le faire tout naturellement, n’est-ce pas, tout simplement, sauvegarder sa liberté et sa dignité d’être humain.

«C’est à ses fruits que l’on reconnaît l’arbre» dit Jésus…

L’Évangile permet de relativiser les civilisations et les époques, de les examiner à l’aune des valeurs d’éternité et de ne retenir que ce qui est utile et bon en ne devenant esclave de rien ni de personne.